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04/05/2008

Voyage au Groenland - Jour 8/15 - 28/03/2008

(Jour 7/15)

Sur le Sermilik : 

Je me réveille vers 6h30. Je m'habille vite fait et vais relever la température dehors. Il fait peut-être beau mais il caille. Le thermomètre est recouvert de givre. Je dois le gratter pour savoir combien il fait : -18°. Je rentre au chaud les autres vont bientôt se lever et nous allons prendre notre petit-déjeuner.

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Ce matin, c'est jour de fête pour ceux qui comme moi veulent aller prendre une douche. Par grand froid, à part se laver les dents avec un peu d'eau il n'est pas évident de se laver autre chose. C'est le minimum. Pour les hommes, il vaut mieux oublier le rasage. D'ailleurs je n'ai pas apporté de rasoir pour ce voyage. 15 jours sans se raser ce n'est pas bien grave. Quelques uns, comme moi, ont bien apporté des lingettes mais nous constatons que les paquets sont gelés. L'odeur corporelle n'est pas vraiment un problème. Il fait si froid que l'activité microbienne est quasi inexistante. On s'accommode très bien de tout ça pour quelques jours.

Vers 8h30 Jacky et moi allons à la douche communale. Il nous en coûte 10 couronnes danoises (moins de 1.5€). Nous devons attendre un long moment avant de pouvoir nous doucher. Un grand-père est là avec une dizaine d'enfants à faire passer avant nous. Manque de bol, nous sommes en pleine période de vacances scolaires. Il nous faut patienter. Une fois sous la douche nous la trouvons revigorante après plusieurs jours sans nous laver. Mais nous ne tardons pas à rentrer, d'autres veulent y aller et ensuite nous irons sur la banquise.

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Vers 10h30 nous chaussons nos raquettes et partons. Il fait encore -12° à l'ombre mais une fois en plein soleil ça sera surement moins froid. D'ailleurs pour nous réchauffer il faut monter un petit pic pour rejoindre l'arrière du village. Nous y retrouverons Tobias qui nous fera la trace avec un traineau sur la glace.

En hauteur, notre regard surplombe ce bout du fjord à perte de vue. Un iceberg gigantesque, auquel quelqu'un donne le nom de "baleine", attire notre attention. Il doit mesurer plusieurs centaines de mètres de long.
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Rapidement nous commençons à marcher sur la banquise à travers d'innombrables icebergs. Même s'ils paraissent solidement enchassés dans la banquise, il faut quand même se méfier. Avec les marées certains oscillent sur eux même. La glace se fragilise et de l'eau libre peut apparaitre. L'apparente immobilité est trompeuse, une personne est passée à travers la glace la veille et s'est retouvée avec de l'eau jusqu'au cou.
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Nous rejoignons rapidement quelques pêcheurs tout à leur activité. L'occasion de faire une petite pause.
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On voit clairement ici, en regardant la ligne, la force du courant du Sermilik. Le fil est porté par le courant. Le pêcheur a déroulé environ 400m de fil. Ici la glace a entre 15 et 20 cm d'épaisseur. Il y a environ la même épaisseur de neige poudreuse au dessus. C'est d'ailleurs ce double phénomène qui rend la glace très fragile : la force du courant et la poudreuse accumulée sur celle-ci. C'est l'air qui solidifie l'eau. Or la poudreuse empêche l'air de faire son effet. En dessous le courant gratte la glace qui finit par se fragiliser. En mettant la main sous la glace Aurélien nous dit que la texture est comme du sorbet.
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Nous en sommes là de nos observations quand Aurélien nous dit qu'il y a un requin plus loin. Il nous racontera plus tard qu'il discutait avec le pêcheur, juste histoire de savoir si la pêche était bonne et par politesse. Là encore, la modestie inuit l'emporte. Il aura fallu plus de 5 minutes pour que ce dernier lui dise qu'il a pris un requin la veille. Mais faute de chiens et de traineau, il n'a pas pu le sortir de l'eau tout seul.
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Il s'agit d'un requin du Groenland, un requin plus "charognard" que prédateur. Il est tellement peu agressif et nerveux qu'il n'est pas rare qu'il soit pêché par de simples lignes comme celui-ci à travers la glace. La chair de ce requin n'est pas consommable telle quel. N'ayant pas de rein, il urine a travers sa propre chair. De fait son corps entier est remplie d'acide. Il sera découpé en morceaux laissés pendant plusieurs mois à l'air pour que cet acide s'évapore. C'est plus tard qu'il pourra être consommé, en petits dès, mangés comme des amuse-gueules.

Sur son oeil se trouve un copépode, un parasite qui le rend aveugle. On pourrait croire que c'est génant mais il s'agit en fait d'une association profitable pour l'un et pour l'autre. Le copépode (une sorte de crustacé) se nourrit des cellules de l'oeil. Au bout de l'oeil, pendant la nage du requin (dont l'odorat est de toutes façons bien plus utile que la vue, il attire des poissons qui finissent par être mangé par le requin.

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Le pêcheur lui a brisé la machoire, surement pour le tuer.
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Cette scène semble laisser Tobias perplexe ? Il a un traineau lui, et il nous dit que cet après-midi à notre retour nous viendrons sortir le requin de l'eau. Voilà qui nous enthousiasme tous au moment de repartir.

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Nous passons près d'un iceberg qui a bougé récemment. Aurélien nous dit qu'il y a tellement d'icebergs ici que l'eau du Sermilik est très peu salée. Je goute... Moi je trouve que c'est quand même très salé.

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On se remet en route, il est midi passé. Tobias nous attends au sommet d'un petit iceberg où nous pourrons faire notre pique-nique.
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Nous mangeons tranquillement en plein soleil, il fait 4/5°. Tobias en contre-bas fait un somme sur son traineau. Le "meilleur" chasseur du village !!!
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Mais ce n'est pas tout. Il nous faut maintenant aller sortir le requin de l'eau. Vers 13h00 nous repartons sur la trace.

Nous retrouvons quelques instants après le trou de pêche avec le requin. Cette fois, nous allons le sortir.

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Ce n'est pas la première fois que ce requin a été pris dans du filet de pêche. Il en a un énorme bout autour de lui. A croire que son destin était vraiment de finir pêché et mangé par l'homme.

En passant la main dans le sens de la longueur on sent que dans l'eau cette dernière doit vraiment "glisser" sur le requin plus que l'inverse. Dans l'autre sens, les doigts restent accrochés à des centaines de petits piquots comme une sorte de papier de verre.

On a du mal à imaginer qu'un requin pareil puisse être pris juste par un simple pêcheur dans un trou d'eau. Il mesure près de 3m de long. Tobias estime son poids à environ 300 kg. C'est alors qu'il prend son couteau et commence à le découper. Devant nous il vide l'estomac de la bête.

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De l'estomac, il sort d'énormes morceaux de "viandes". Tobias nous dit qu'il s'agit de morceaux de narval que le requin a dû manger sur un narval déjà mort. N'ayant plus grand chose à voir ici, il est temps que nous nous remettions en route pour le village.

Sur le retour la trace est bien visible. Si on la suit nous trouverons facilement le chemin du retour. Tobias nous laisse. Nous le retrouverons plus tard à la maison.

C'est à ce moment que nous nous rebellons. Pour rentrer au village il nous faut repasser par le même trajet, aux mêmes endroits et reprendre une dernière côte alors que nous sommes sur le plat et encore loin du village. Nous voulons continuer sur la banquise, il y aura bien une trace plus loin et une voie d'accès pour rejoindre le village ? D'autant que demain nous devrons retourner à travers la montagne pour rentrer alors que nous aurions dû passer plus de temps sur la banquise. On veut en profiter encore au maximum.

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Je ne sais plus qui a eu cette idée saugrenue mais nous décidons de nous diriger vers "la baleine" cet énorme iceberg non loin du village. Si on peut l'escalader, pourquoi pas ? La "baleine" est devant nous. Cet iceberg est vraiment immense.
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C'est parti. La montée est plutôt raide, les raquettes crissent sur la glace. 5-6 minutes après, nous sommes en haut.
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Florence qui avait calibré l'altimètre de sa montre en bas, nous annonce que nous sommes à 45 m d'altitude. Nous restons quelques instants. Juste devant nous se trouve le village.
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15 minutes après nous redescendons. Il n'est pas loin de 16h, nous rentrons au village.
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Nous rentrons au village par l'héliport. Il est 16h30. Il commence à faire un peu plus froid (-4°) alors que nous arrivons chez Tobias. Nous allons pouvoir nous reposer de cette journée riche en événements... Le requin, la baleine...

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Mais ? Que fait Tobias ? Nous arrivons au moment où il "prépare" à manger pour ses chiens : il débite d'énormes morceaux de phoques gelés... à la hache ! Les chiens, derrière la maison, savent que c'est l'heure de manger. Ils sont toujours sur-excités vers cette heure là.

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Autour d'une café ou d'un thé nous nous détendons jusqu'à l'heure du repas du soir. Bien au chaud dans la maison nous discutons de choses et d'autres notamment sur le chemin à prendre pour le retour. Nous aimerions pouvoir prendre un autre chemin que refaire le même en sens inverse pour éviter la monotonie propre au déplacement en raquettes. Michel propose que nous remontions le fjord par la banquise pour rejoindre la montagne par un autre endroit. Aurélien reste ouvert à nos propositions mais en dernier ressort c'est Tobias qui devra décider car il connait les voies les plus sûrs aussi bien pour nous que pour les traineaux. Il faudra lui demander demain matin avant de partir.

Vers 19h nous préparons à manger. Vers 21h30 nous allons nous coucher. Demain matin il faudra nous lever tôt et partir tôt.

Le parcours cumulé (avec une petite boucle approximative pour aujourd'hui) :

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(Jour 9/15)

19:35 Publié dans Arctique , Autour de moi , Information/Actualité , Nature , Photo | Lien permanent | Envoyer cette note

Commentaires

Copépode et mutinerie : on en apprend des choses !

Ecrit par : Oncle Dan | 08/05/2008

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